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UN PROJET SITUÉ


L'action de la Scène Nationale de l’Essonne se construit autour du concept de « projet situé ». Mais qu'est-ce que cela veut dire concrètement ? Programmation partagée, diversité ethnique et sociologique, parité homme-femmes ou équité salariale. Et surtout une action qui s'élabore dans un véritable dialogue avec le territoire. Explications de Christophe Blandin-Estournet, directeur de la Scène Nationale de l'Essonne.


Un projet situé

Un projet situé, c'est un projet qui se développe en dialogue avec son contexte. C'est un projet qui est à l'écoute. Ça veut dire que la Scène Nationale n'est porteuse que d'une intention. Son projet n'est pas une prescription, ni la réalisation d'une commande qui serait issue du territoire. C'est une "instance de négociation", où l'on se parle et où l'on s'écoute véritablement. 

Un projet tourné vers la jeunesse

La moyenne d'âge de ce territoire est de 26 ans. Et les vrais habitants en sont les enfants, car leurs parents travaillent souvent ailleurs. On a donc développé très fortement les représentations pour le jeune public. Et une politique de tarif unique de 12 euros, et de 6 euros pour les moins de 12 ans. 

Rendre les jeunes acteurs du projet

Mais pour la jeunesse - terme qui pour nous va de 18 mois à 25 ans - on a également développé de nombreuses initiatives avec des partenaires. Parmi lesquelles, par exemple, des instances de programmation. Avec des centres sociaux et des maisons de quartier, on a ainsi constitué un groupe de jeunes de 9-13 ans qui vont découvrir trois ou quatre spectacles dans l'année et choisissent d'en programmer un au théâtre. Comme nous, à l'Agora, ils repèrent, délibèrent, débattent, tiennent compte des conditions techniques et financières. On passe du temps avec eux pour leur présenter les enjeux et les rendre capables d'échanger et de décider en commun. Les 18-25 ans, eux, construisent une soirée autour d'un thème de leur choix avec un film qu'ils choisissent, des invités, un temps d'échange. L'école de théâtre les forme à la prise de parole. Il s'agit à chaque fois de véritablement permettre à chacun d'être en capacité de s'impliquer dans ces projets.

Instaurer de véritables échanges

C'est la même chose en interne. Si on n'accompagne pas le personnel dans la formation, si on ne cherche pas véritablement à le rendre autonome, celui-ci n'augmente jamais son pouvoir de faire. De la même manière, avec nos partenaires. Ce sont eux qui font la vie du territoire. L’Éducation Nationale, les centres sociaux, les clubs de sport, le centre hospitalier ou encore le centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis. On essaye d'écouter chacun de manière équivalente. Nous cherchons à être des "révélateurs" d'un territoire que eux connaissent et savent très bien photographier. C'est aussi cela un projet situé.

Traiter chaque partenaire de la même manière

Que ce soit pour recevoir un artiste renommé ou construire un atelier avec une maison de quartier, il faut traiter chacun avec la même dignité. On a coutume de dire que la Scène Nationale, c'est 4 lieux. Trois sites – l'Agora, le Centre Culturel Robert Desnos et le Théâtre Éphémère – plus tout le territoire. En termes de programme, de suivi technique, on ne fait pas la différence. On n'a pas un navire amiral avec une flottille mais plein d'esquifs dont les activités peuvent prendre des formes plus ou moins spectaculaires.

Refléter la diversité sociologique

Ce territoire est aussi bien sûr d'une grande diversité ethnique et sociologique. Sur le sujet, il ne faut donc pas se contenter de grandes déclarations de principe. Cette diversité, on veut la retrouver sur scène et dans la salle. Si les corps présents sur scène ne ressemblent pas au mien, cela crée alors forcément un effet de distanciation. On est donc très attentif à ces questions dans la programmation, mais aussi en interne. Au début, la diversité dans l'équipe ne ressemblait pas à celle du territoire. On accueille chaque année des jeunes dans des stages, qui débouchent parfois sur des CDI. On a aussi embauché des salariés qu'on n'aurait pas reçus dans un schéma classique, au vu de leur formation. Mais avec leur expérience du territoire, ils nous apportent bien plus encore qu'on aurait espéré.

Assurer la parité et l'équité salariale

La question de la diversité se décline également du côté de la parité. Jamais une part de programmation féminine inférieure à 40%, c'est notre engagement. Tout en prêtant une attention particulière aux biais tel que la surreprésentation des femmes dans le spectacle jeune public. On objective notre programmation en surveillant ces chiffres qu'on communique à notre Conseil d'Administration. Et encore une fois, on décline cela à l'interne en travaillant à la réduction des écarts de salaire entre hommes et femmes à profil de poste équivalent. Sur ce sujet des salaires, nous cherchons également à atteindre une certaine équité, avec une grille de salaires qui va de 1 à 3,1. C'est à dire que le plus haut salaire est ici à peine plus de trois fois supérieur au plus bas.

Écologie et RSE

Enfin, l'idée de projet situé englobe aussi la dimension d'écologie et de RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises). On aborde trop souvent ces questions par la composante environnementale. Elle existe évidemment. Par exemple, avec les compagnies qu'on programme, on définit la date de leur passage seulement quand on sait comment ils comptent monter leur tournée en Île-de-France. Pour éviter d'inutiles trajets. Mais plus globalement, il s'agit encore une fois d'être dans l'échange incessant, en interne comme avec nos partenaires. On a ainsi décidé de mesurer l'empreinte physique de notre projet sur le territoire. Ce qu'il génère sur le territoire et ce que le territoire génère sur lui. On a monté cela avec un laboratoire de géographie pour remplacer les pratiques d'évaluation habituelles, telles que le taux de remplissage. Au début, la DRAC s'est crispée. Mais maintenant, elle finance cette recherche. Peut-être que cette approche pourrait servir à d'autres...

Un entretien écrit et réalisé par Eric Demey.