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Au lycée de Bondoufle, un corps à corps avec la danse

Avec « Songlines Remix », deux classes de Seconde et 1ère du lycée François Truffaut de Bondoufle ont découvert l’univers d’une compagnie de danse contemporaine, apprivoisé leurs corps dansants, et plus si affinités.

« Je défends le droit des jeunes à être en contact avec des artistes », explique à voix basse Joanne Leighton, dans la cour gazonnée du lycée Truffaut à Bondoufle. Devant cette chorégraphe australienne installée en France avec sa compagnie, WLDN (prononcez well done, bien fait), deux classes de lycéens répètent la déambulation-performance qui constitue la restitution d’un projet au long cours d’ateliers menés par la compagnie dans ce lycée enclavé dans la banlieue de l’Essonne.

Il fait chaud, en ce vendredi de fin d’année, les lycéens sont dissipés et tendus à la fois. La danse contemporaine, ce n’est pas leur monde. En tout cas pas depuis longtemps… Cette année scolaire, ils ont découvert trois spectacles de la Scène nationale de l'Essonne, dont Songlines de WLDN. Ils ont aussi rencontré au cours de nombreux ateliers des danseurs, le photographe ou encore le compositeur et designer sonore de la compagnie. Et se sont familiarisés avec cet univers d’artistes pour confectionner ce spectacle qui n’en est pas vraiment un.

C’est que passer de la position du spectateur à celle du danseur n’a rien d’évident. Lauren Bolze et Alexandre Da Silva, les deux danseurs qui les encadrent et dansent avec eux, ne les lâchent pas : « On pense aux gestes parasites, les bras le long du corps », « Inès, tu es toujours en scène », « on repart tous avec le même pied », « il faut regarder, écouter »… Pourtant, de la répétition à la restitution, quelque chose de l’ordre du pas de géant se produit. Pailletés et concentrés, les 36 interprètes sont comme métamorphosés. Lumineux.

Ils traversent la cour, se mettent en place devant le public des autres classes – « il y avait même des terminales », explique après coup l’une des danseuses en herbe, plutôt fière de leur prestation. Deux d’entre eux se détachent du groupe, séparé en deux lignes qui se font face, pour venir lire un texte au micro, une fable sur les premiers hommes : « À la surface de la Terre, il n’y avait que des trous, aucun animal… ». Puis les corps de ce Songlines Remix se mélangent, se regroupent, ils tapent et raclent du pied, incarnent collectivement l’énergie et le souffle des Songlines, ces sentiers chantants des Aborigènes, prétexte à une création de la compagnie WLDN, ici « remixé ».

Deux cercles se forment, l’un à l’intérieur de l’autre, et on admire la désynchronisation : face à face, chacun dans leur cercle, ils dansent leur partition, une chorégraphie où « chemin faisant, l’homme lit le monde et multiplie les perceptions ». Alors qu’ils s’applaudissent (avec le public), Alexandre Da Silva chuchote : « Normalement, c’est les gens dans le public qui applaudissent ». Pas si grave, la performance est passée, et les voilà qui s’égaillent comme des moineaux une fois les paillettes grossièrement démaquillées, comme une fin de cours (presque) normale…

Joanne Leighton trouve qu’« ils ont assuré ». Juste avant la restitution, elle leur avait déjà dit : « C’est super, le travail que vous avez fait », précisant : « Vous pouvez faire encore plus grand avec le corps. Nous, spectateurs, on lit comme un livre le spectacle. » Lauren et Alexandre pensent que le groupe s’est bien « accroché à la proposition », alors qu’une majorité « n’avait pas de sensibilité à la danse contemporaine ». Joanne Leighton, qui défend l’idée d’une compagnie qui « va chercher l’autre », « désacralise la danse » et « engage la présence », résume : « Ils auront quelques clés, ayant expérimenté ça de l’intérieur ». Et puis, ajoute Lauren, « notre but n’est pas qu’ils deviennent des danseurs mais qu’ils découvrent la vie d’une compagnie ». Après tout, conclue Alexandre, « moi, c’est comme ça que je suis devenu danseur : au lycée, j’ai participé à un atelier, ça m’a plu, j’ai continué. » C’est tout ce qu’on leur souhaite !
Action financée par la Région Île-de-France.

Les partenaires

Les artistes

La Compagnie WLDN
Lauren Bolze et Alexandre Da Silva (danseurs), Marion Carriau, Peter Crosbie (design sonore), Alexandra Bertaut, Patrick Berger

Les lieux

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